Le Berceau

Original Text: 

Representative French Poetry, ed. Victor E. Graham, 2nd edn. (Toronto: University of Toronto Press, 1965): 49. From Notes et additions aux poésies.
 

2Songe au ciel d'où tu viens, au fond de ton berceau,
3Comme le nautonier qui, sur la mer profonde,
4Rêve de la patrie et dort dans son vaisseau.
5Le matelot n'entend au-dessus de sa tête
6Qu'un bruit vague et sans fin sur le flot agité,
7Et quand autour de lui bouillonne la tempête,
8Il sourit au repos qu'hélas! il a quitté.
9Qu'ainsi de notre terre aucun son ne t'éveille,
10Et que les bruits lointains de la vaste cité,
11La harpe de ton frère ou ta mère qui veille,
12Tout forme à ton repos un murmure enchanté!
13N'entends pas les vains bruits de la foule importune,
14Mais ces concerts formés pour tes jeunes douleurs;
15Tu connaîtras assez la voix de l'infortune:
16Sur la terre on entend moins de chants que de pleurs.
17Pour ta nef sans effroi la vie est sans orages;
18Le seul flot qui te berce est le bras maternel,
19Et tes jours passeront sans crainte des naufrages
20Depuis le sein natal jusqu'au port éternel.
21Les nautoniers pieux, sur la mer étrangère,
22Invoquent la patronne et voguent rassurés...
23Tu t'appelles Marie, ô jeune passagère,
24Et ton nom virginal règne aux champs azurés.

Notes

1] This poem is dedicated to Marie de Clerembault, âgée de vingt jours. Back to Line
RPO poem Editors: 
Victor E. Graham
Data entry: Sharine Leung
RPO Edition: 
2012
Rhyme: 
Form: 
Special Copyright: 

Second edition copyright © 1965 University of Toronto Press. Reprinted with permission of the publisher, from which written permission must be obtained for any other edition or other means of reproduction.